BIOGRAPHIE DE L'HOMME AU SEMELLES DE VENT

 

I Enfance

Jean Nicolas Arthur Rimbaud, est né à Charleville le 20 octobre 1854.Sa mère est une femme austère et dévote qui lui offre une éducation sévère. Son père est un officier toujours absent qu'il ne verra définitivement plus à partir de 10 ans. En classe, Arthur se montre excellent élève ; il écrit des vers latins, remporte haut la main tous les concours, et lit avec passion. A l'age de 16 ans ; Arthur rencontre son nouveau professeur de rhétorique : Georges Izambard (qui favorisera ses aspirations poëtique. Tout de suite naît une grande amitié entre Arthur et l'homme de 22ans qu'il qualifiera comme ami et père. Izambard prêta beaucoup de livres au jeune poëte comme " Notre dame de Paris " de V.Hugo ; au grand dam de la mère Rimbaud. La même année vint pour Rimbaud le temps de la révolte. Celle ci s'exerce à l'encontre de sa mère, de sa ville natale, de la bourgeoisie, et des bienséances, de l'école et de l'église. La révolte de Rimbaud n'est pas seulement de nature sociale, : elle est aussi et surtout d'ordre métaphysique. Il s'élève contre la condition humaine et l'absurdité de l'existence. En 1870, Rimbaud clame bien haut ce qu'il aime : " La Muse et la Liberté " et ce qu'il déteste : à cette époque, précisément, la guerre et le nationalisme qu'il dénonce comme : " Le patrouillotisme ". Lorsque Izambard s'en va, le jeune poète vit un véritable drame. Il n'a plus qu'une idée : fuir Charleville.



Le Vieux Moulin de Charleville, sur les bords de la Meuse

II Les premières Fugues

Il fait une première fugue en août 1870 vers Paris, mais son billet n'étant pas en règles, il est arrêté et conduit à la prison de Mazas, où il s'empresse d'écrire à Izambard pour lui demander son aide. Ce dernier l'accueillera à Douai, chez ses tantes, les demoiselles Gindre. La seconde fugue du jeune poète (début octobre) sera en direction de la Belgique (jusqu'a Bruxelles) puis retour à Douai. Cette fugue lui inspirera le poème : " Ma bohème ". A cette époque, il attaque le catholicisme (" Le mal "), le conformisme bourgeois (" Les assis ") et il exprime sa pitié pour les pauvres (" Les effarés ") et les mort de la guerre (" Le dormeur du val "). En février 1871, il fait sa troisième fugue (vers Paris). De retour à Charleville le 10 mars suivant, il proclame son admiration pour la Commune de Paris et il écrit sur les bancs et les portes des églises de la ville : " Mort à Dieu ". Il ne va plus en classe, traîne dans les rues et les cafés, et ne parle plus que de Politique et de Littérature.

III Les lettres du Voyant

En mai 1871, la révolte de Rimbaud prend des normes nouvelles. Il espère changer le monde grâce à la poésie, et détruire l'alexandrin. Il établit son ambitieux programme dans les lettres du Voyant. La première est adressée le 13 mai 1871 à Izambard, la deuxième le 15 mai 1871 à Paul Demeny, un ami. Dans ses deux lettres il cite des échantillons de sa nouvelle poésie. Un an auparavant, il adressait à Banville des poèmes de Fortune très traditionnels. On mesure le chemin parcouru par le poète en si peu de temps.



 IV Le milieu parisien

Rimbaud a envoyé à Verlaine ses poèmes. Celui ci l'invite à venir à Paris en ces termes chaleureux et enthousiastes : " Venez, chère grande âme, on vous appelle, on vous attend. ". Exalté, Rimbaud écrit son " Bateau ivre " afin de s'ouvrir les portes des cénacles parisiens. Verlaine, alors âgé de 27 ans, est immédiatement séduit par l'adolescent. Jeune marié, il abandonne sa femme (Mathilde Mauté) dont il vient d'avoir un enfant ; pour mener avec son ami une existence de bohème et de débauche. Ce dernier est vite rejeté par le milieu littéraire parisien, malgré les efforts de ses amis, on ne supporte ni son arrogance, ni son impolitesse. Il est vrai que Rimbaud est convaincu d'être quelqu'un d'exceptionnel, et qu'il méprise les autres. Comme il avait haï Charleville et ses bourgeois, il déteste maintenant Paris et ses littérateurs.


Détail du tableau de Fantin-Latour "Un coin de table", Verlaine à gauche semble pensif
alors que le visage Rimbaud tourné vers l'extérieur semble demander quand vont-ils enfin partir...


V Bohéminneries avec Verlaine

Au début de l'année 1872, Rimbaud regagne Charleville puis repart pour Paris, qu'il quitte aussitôt avec Verlaine en direction de la Belgique. Verlaine écrit ses " Romances sans paroles ", Rimbaud ses " Derniers vers ". Ils gagnent Londres en septembre. Ils y mènent une existence errante. A cette époque, Rimbaud poursuit son expérience du voyant et ses hallucinations. Il écrit probablement ses premières Illuminations. Les deux compagnons entretiennent une relation passionnelle, faite de disputes, de séparation, et de retrouvailles. En avril 1873, Rimbaud retourne dans la ferme familiale à Roche et commence une " Saison en Enfer ". Le 10 juillet 1873 à Bruxelles, c'est l'avant dernière rencontre des deux poètes. Rimbaud lassé de l'instabilité et de la sentimentalité de Verlaine lui annonce qu'il veut le quitter. Verlaine blesse alors son ami à la main de deux coups de pistolet et sera incarcéré peu après. Rimbaud rentre alors à pieds à Roche où il achève une Saison en Enfer. Le drame de Bruxelles, l'échec de l'entreprise du Voyant, l'accueil glacial fait à Une Saison en Enfer vont éloigner définitivement Rimbaud de la Littérature. A partir de 1875, Rimbaud voyage à travers toute l'Europe et apprend de nombreuses langues. En mars 1875, il reçoit à Stuttgart, la visite de Verlaine, venu pour le convertir. Les deux hommes renouent une dernière fois et très vite se quittent définitivement. En 1879 Rimbaud fait un dernier séjour avant Charleville avant son grand départ. A ses amis qui lui parlent de poésie, il répond : " Je ne pense plus à tout cela. "


Londres au XIX siècle

VI Pérégrinations jusqu'en Abyssinie

Après plusieurs voyages à travers l'Europe, Rimbaud s'enrôle dans l'armée coloniale hollandaise en 1876 mais il déserte arrivé à Java et rentre en Europe. Deux ans plus tard, il part pour Chypre mais une fièvre le contraint à revenir à la ferme familiale pour se reposer. Ensuite il retourne à Chypre où il est chef de chantier, mais peu de temps après il démissionne et chercher du travail dans les ports de la Mer Rouge. Il est finalement engagé à Aden, au Yémen, puis son agence l'envoie travailler à Harar, une ville sainte en Abyssinie (actuellement en Ethiopie). C'est un pôle commercial important, bien qu'elle se situât dans une région peu connue des Occidentaux à cette époque, mais où il y a beaucoup de gens pauvres et affamés dans les rues, mâchant du " cat ", une plante verte coupe-faim mais abrutissante. Pendant plusieurs années il est cher d'agence et fait des allées et venues entre Aden et Harar, il part explorer une région inconnue : l'Ogaden, sans cesser de correspondre avec sa mère et sa sœur restées dans les Ardennes, puis il commence à haïr cette vie ennuyeuse. Sans qu'il le sache, Verlaine publie les " Illuminations " à Paris et Rimbaud commence à être reconnu par le public, or tout le monde se demande s'il est encore vivant.

 Maison de Rimbaud à Aden, récemment restaurée par José-Marie Le Bel

      Ci-dessous Harar

   

VII Rimbaud trafiquant

Assoiffé d'aventure et d'expériences, il s'associe avec Labatut un trafiquant pour vendre des armes au roi du Choa (région d'Ethiopie) : Ménélik II. En 1886, Labatut tombe gravement malade et meurt, son nouvel associé, Soleillet meurt aussi soudainement et Rimbaud part finalement seul avec la caravane de fusils pour Ankober au palais du roi, après plusieurs mois d'attente et de souffrance passées à Tadjoura et Obock avant l'arrivée de la marchandise par la Mer Rouge. Il apprend là-bas que Ménélik est à Entotto pour fêter une victoire de guerre. Notre explorateur s'y rend immédiatement. Le roi n'a pas assez d'argent, il a récupéré des armes plus modernes grâce à la bataille qu'il vient de mener et surtout il réclame l'argent des dettes que lui devait soi-disant Labatut. Rimbaud cède son matériel dans es conditions désastreuses et à un prix dérisoire ; il estime ses pertes à 60% dans cette affaire.

VIII Les dernières années de Rimbaud



Rimbaud regagne le Harar, accompagné de son fidèle serviteur Djami, et en 1891 il ressent une vive douleur au genou droit. Croyant tout d'abord à des varices, il demande à sa mère de lui envoyer des pommades et des bas, mais finalement il accepte de se faire transporter à Aden en civière. Après 12 jours d'un voyage terrible à travers le désert, il arrive dans un hôpital pour s'entendre annoncer qu'on ne peut rien pour lui ! On le transporte en bateau jusqu'à Marseille où il se fait amputer la jambe d'urgence à l'Hôpital de la Conception. (photo)
Sa sœur Isabelle le ramène dans les Ardennes où il passe un mois ne rêvant que du soleil d'Afrique. Il veut qu'on l'emmène vers le soleil, il répète que seul le soleil peut le guérir… Arthur Rimbaud s'éteint le 10 novembre 1891 à Marseille, âgé de 37 ans.

 

Le monument qui fut élevé en 1901 à Charleville célèbre l'explorateur avant de louer le poète, car ses œuvres furent considérées comme blasphématoires et encore aujourd'hui elles restent un grand mystère, comme le jeune homme au regard bleu…


Par Maximilien et Catherine